Mandat 2026 - 2032

Intervention sur le budget lors du Conseil communautaire du 30 avril 2026

Le budget 2026 de Grand Poitiers est certes difficile à construire, mais ce n’est pas une surprise : toutes les données étaient publiques. Le reste n’est que projections théoriques, dont on peut faire ce que l’on veut.

Monsieur le Président,

Chers collègues élus,

Cette délibération est particulièrement importante, puisqu’un premier budget, c’est l’acte politique fondateur d’un mandat, d’une équipe, d’un cap politique.

Depuis le 22 mars… je n’ai pas gagné grand chose :). Mais j’ai gagné une chose essentielle : la liberté. La liberté de parole publique notamment. Une liberté, qui, je le sais, n’est pas évidente lorsque l’on fait partie du Bureau communautaire, ni même lorsque l’on est Maire et que l’on craint des répercussions pour sa commune. Encore plus en début de mandat. Encore plus lorsqu’une unanimité absolue est attendue – exigée – de la part du Bureau – là où, hier encore, des désaccords y compris sur le budget et la fiscalité pouvaient s’exprimer librement.

Forte de cette liberté, forte de la mémoire du mandat précédent, forte aussi des près de 40% de poitevines et poitevins que nous représentons ici avec mes collègues, nous porterons ici une parole minoritaire – mais une parole que nous souhaitons utile, exigeante, constructive.

Et, nous y serons vigilants, nous ne rejouerons pas ici les débats du Conseil municipal de Poitiers. Nous parlerons ici des compétences communautaires, rien d’autre.

Justement, aujourd’hui, il s’agit du budget de la communauté urbaine. Je veux structurer mon propos autour de deux exigences simples : la vérité et la responsabilité. Des exigences que nous partageons, puisque c’est le titre de la vidéo que vous avez tournée (depuis l’Hôtel de ville de Poitiers !) pour expliquer votre budget communautaire.

La responsabilité, d’abord. Elle commence, à mon sens, par une chose élémentaire : assumer ses choix, tout simplement. Et ne pas rejeter la faute sur les autres lorsque ça n’a pas lieu d’être.

La vérité, ensuite. Et sur ce point, je l’affirme clairement : deux des arguments sur lesquels vous fondez votre argumentaire sont faux.

Le premier : le risque de mise sous tutelle.

Oui, il est malheureusement fréquent, en début de mandat suite à une alternance, de dramatiser, et de faire porter à la majorité précédente des choix budgétaires difficiles, comme les propos que vous avez tenus ici, face à la presse ou sur les réseaux.

Mais ici, vous allez plus loin. Vous inscrivez dans un document budgétaire, dont l’un des principes légaux essentiels est celui de la sincérité, que sans hausse d’impôts Grand Poitiers aurait été placé “à très court terme”   sous tutelle financière de l’Etat. C’est tout simplement de la désinformation, grave. La mise sous tutelle ne se décrète pas, elle suit une procédure précise, qui commence par une saisine de la Chambre Régionale des Comptes par le Préfet. Or, le dernier rapport de la CRC concernant la gestion de Grand Poitiers date de septembre 2024, et ne comprend en aucun cas des alertes de cette nature. Au contraire, ce rapport appelle à des réformes structurelles, sur l’intérêt communautaire, sur le patrimoine communautaire, j’y reviendrai plus tard.

Le budget 2026 de Grand Poitiers est certes difficile à construire, mais ce n’est pas une surprise : toutes les données étaient publiques. Le reste n’est que projections théoriques, dont on peut faire ce que l’on veut.

Ensuite, la fiscalité.

Votre première décision, celle de votre équipe, ce sera d’augmenter massivement les impôts des contribuables. Un taux intercommunal qui fait plus que doubler, + 112% ! Soit, en moyenne, 130 euros en plus par foyer concerné. 16,5M d’euros de recettes nouvelles. Pour rappel, c’est deux fois plus que l’augmentation de 2021, 8M d’euros de recettes nouvelles, qui avait provoqué des réactions massives dans cette assemblée, dans la presse et dans l’opinion publique.

Alors, soyons clairs. Personne, en tout cas pas nous, ne disons qu’il ne faut pas augmenter les impôts. L’augmentation de la fiscalité est nécessaire. C’est d’ailleurs une responsabilité que nous avons assumé lors du mandat précédent, et dont la Présidente avait même assumé la perspective en période électorale.

Oui, moi, un certain nombre d’entre nous, on assume. Mais on n’a pas à assumer plus que notre part. Pas plus que ce qui est juste.

Et c’est la 2e affirmation que je tiens à rectifier : ce budget, ce n’est pas celui de l’équipe précédente. Vous étiez le premier à revendiquer avec force, à la fin du mandat précédent, le fait que le budget soit voté après les élections, pour laisser de la marge à l’équipe qui serait élue. Vous l’aviez demandé. Vous aviez été entendu, et obtenu gain de cause.

Et maintenant, il faut l’assumer : ce budget, c’est bien le vôtre.

Plus en détail.

D’une part, le rapporteur du budget / VP finances de la précédente équipe – Claude Eidelstein (par ailleurs Vice-président Finances du Département, donc qui ne prenait pas la question de l’impôt à la légère, ni celui des finances de la collectivité), proposait une hausse qui allait rapporter 6,5M d’euros. Avec +16,5M d’euros, vous allez donc bien au-delà, de plus de +10M d’euros.

Pourquoi faire plus que doubler ce qui était prévu ? Pour, selon les termes de votre budget, “redresser le niveau d’épargne de Grand Poitiers, avec un objectif de 12 % d’épargne brute dans les prochaines années ». C’est une stratégie financière pluriannuelle, c’est votre rôle… Mais votre budget affiche déjà 13,9% d’épargne brute. Autrement dit, dès 2026, vous dépassez votre propre objectif, de 1,9%. Ce qui fait 3,4M de plus de recettes par rapport à ce qui est nécessaire, selon votre propre stratégie. Toujours plus ! Toujours plus !

Et ce n’est pas tout ! Hier, vous ajoutez dans votre argumentaire que oui, mais « des augmentations successives étaient prévues en 2027 et 2028 ».

Ce n’est pas vrai : il n’y a eu aucune décision, aucune réflexion, aucun document de prospective à ce sujet. Certes, 6,5M d’augmentation, ce n’était pas suffisant pour assurer un confort financier à Grand Poitiers dans les prochaines années, si les politiques gouvernementales n’allégeaient pas le poids pesant sur les collectivités.

Mais le second levier prévu n’était pas fiscal.

Non, c’était celui que recommande la Chambre Régionale des Comptes : des réformes internes, structurelles, exigeantes.

Autrement dit : demander des efforts aux contribuables, oui. Mais aussi – et même avant tout, étions-nous un certain nombre à demander en Bureau Communautaire – faire soi-même des efforts.

En 2021, M. le Président, vous teniez ces propos :

« Florence Jardin et Léonore Moncond’huy prennent les habitants de Grand Poitiers pour des vaches à lait. Dès qu’elles le peuvent, elles taxent. La hausse aurait pu être modérée pour montrer la volonté de la collectivité de faire un effort. La réorganisation des services de la communauté urbaine en cours aurait pu permettre de dégager des économies. C’est d’autant plus difficile à accepter qu’on ne voit pas de nouveaux services en face ».

Ma question est donc simple :

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Vice-Présidents, pourquoi avez-vous aujourd’hui abandonné l’exigence qui était la vôtre hier ?

Pourquoi choisir une hausse bien supérieure à nos besoins actuels, sans réforme structurelle préalable – ni même engagée ?

Tout le monde sait ici que c’est l’éléphant au milieu de la pièce. LE SUJET central depuis la création de notre communauté urbaine qui est systématiquement repoussé, maintenant depuis 9 ans. Déterminer l’intérêt communautaire, quelles compétences, quels équipements sont du ressort de Grand Poitiers, de son budget. Qu’est ce qui n’y est pas et doit donc changer de mains. En repoussant cette question, d’années en années, on a acheté la paix politique avec l’argent de nos concitoyens, avec leurs impôts. Et pour cela aussi, en tant qu’élue sortante, je prends ma part. Mais justement, derrière l’augmentation envisagée à 6.5M, il y avait cette incitation forte à faire aussi aboutir ce chantier, sous peine de ne pas retrouver durablement l’équilibre, et de devoir revenir devant les citoyens, dans quelques années, avec encore et encore de nouvelles hausses, juste pour faire tourner la machine. Et nous savons très bien que votre choix de confort financier comporte un risque évident : celui de ne jamais faire les efforts de fond dont la collectivité a besoin.

Et surtout : pour quoi faire ? Pourquoi cette hausse très forte, sans proposer au préalable un projet de territoire co-construit avec les Maires, et donnant envie d’un avenir meilleur pour le territoire, qui nécessiterait ces moyens ?

Aujourd’hui, que voyons-nous en en face de cette hausse massive ?

Une augmentation de 10% de tous les tarifs publics, soit bien au-delà du niveau de l’inflation.

Une baisse massive des subventions.

 -6% pour le budget de la culture, -15% pour le budget du sport.

Là encore, en toute transparence : oui, cette feuille de route était celle proposée dans les orientations budgétaires, qui est une étape de travail. Et, en l’état actuel, les membres du bureau sortant et surtout les acteurs le savent très bien : ces baisses de subvention auraient rendu le vote de la hausse fiscale inacceptable en l’état pour la majorité de Poitiers. Et puis franchement, si on peut augmenter les impôts de 10M d’€ d’un coup de crayon, on peut sans aucun problème renoncer à baisser 1M de subventions.

Et enfin, franchement… Les éléments de langage que vous avez envoyés aux Maires qui devront faire le SAV dans leur commune parlent de « garantir l’égalité entre les communes », avec « une réorientation des moyens ». On ne peut qu’être d’accord ! Mais à ce niveau d’écart entre les mots et les chiffres, on est quand même proche du malentendu. On parle d’un côté d’une hausse de recettes de 16,5M€, et de l’autre d’un effort de 50k€. Disons-le ainsi : c’est une façon particulièrement optimiste de faire parler les ordres de grandeur.

Plus d’impôts, beaucoup plus d’impôts. Des services publics moins accessibles. Des partenaires culturels et sportifs pénalisés… Sans vrai projet de territoire en face, ni pour le rayonnement, ni pour l’attention portée aux petites communes. C’est donc ce que vous nous proposez de voter.

Il ne vous surprendra donc pas que, pour toutes ces raisons, nous votions contre le budget 2026 de votre équipe communautaire.

Et je réaffirme les propositions alternatives, et me semble t-il raisonnables, que nous défendions :

  • Une hausse d’impôts limitée, conforme au niveau initial soit 2,5 fois moindre que celle proposée aujourd’hui
  • Ne pas augmenter les tarifs des services publics au-delà du niveau de l’inflation.
  • Maintenir les subventions : si on augmente les impôts, on préserve les acteurs culturels et sportifs.
  • Maintenir l’engagement dans le projet « Grand Poitiers entre en gare », essentiel pour l’avenir de notre territoire.
  • Avant de solliciter tout effort supplémentaire auprès de nos habitants, montrer l’exemple avec des réformes courageuses, et donner envie avec un projet de territoire fédérateur.

Merci à vous.

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Léonore Moncond'huy
Cheffe de file de la gauche et de l’écologie au Conseil municipal de Poitiers