Monsieur le Maire,
Le conseil de passation n’était pas le bon espace pour expliquer le rôle que nous souhaitions jouer lors de cette mandature. Permettez-moi donc de le faire ici, au nom du groupe Poitiers Collectif.
Nous représentons ici le projet, la vision, l’équipe, soutenus par plus de 40% des poitevines et poitevins qui se sont exprimés le 22 mars, que je remercie à nouveau pour leur confiance. Un projet de gauche, écologiste, municipaliste. Nous sommes portés par la force de ce projet positivement soutenu, fondé sur le « pour » pas le « contre », et dont le dénominateur commun des soutiens n’est pas le rejet.
Comment qualifier le rôle que nous souhaitons nous donner ?
« Opposition constructive », ce n’est pas faux, mais c’est un peu déjà vu, un peu novlangue…
Non, nous préférons « minorité active ». Une minorité cohérente, agissante, capable d’influencer, de proposer, d’ouvrir des perspectives alternatives voire innovantes.
Donc, nous ne serons pas une opposition « bête et méchante » : ce serait stérile pour tout le monde.
Pour nous, d’abord, parce-que ce serait particulièrement inintéressant. Pour vous, parce-que ce serait particulièrement pénible. Et surtout, ce serait particulièrement inefficace car vos oreilles se fermeraient à chaque fois que nous prendrions la parole !
Être une minorité active, concrètement, ça veut dire trois choses.
1 –
D’abord, une minorité cohérente, une équipe qui continue à réfléchir et ne débranche pas son cerveau dès lors qu’elle est dans l’opposition pour s’opposer obstinément. Ce qui ira dans le bon sens, nous le soutiendrons. Pour ce qui nous posera vraiment question, nous interpellerons. Tout simplement.
Nous croyons aussi en le courage politique, celui qui conduit à assumer ses positions, et nous apprécions la constance en politique. Vous ne m’entendrez pas tenir des propos, avoir des avis différents, entre ceux que j’ai pu avoir en tant que Maire / en tant que candidate / et que je pourrai porter en tant que Présidente d’un groupe d’opposition. C’est une question de fiabilité de la parole politique, donc de confiance. En miroir, logique, nous serons particulièrement attentifs, interpellants, sur les revirements de posture. Nous ne sommes pas rancuniers… Mais nous avons une bonne mémoire 🙂
2 –
Ensuite, une minorité agissante. Nous sommes prêts à travailler.
Je vous réaffirme donc, comme j’ai eu l’occasion de le faire dès notre premier échange, que nous sommes désireux d’être acteurs, et pas simplement commentateurs, de la vie municipale. Cela dans le respect de la place qui est la nôtre, évidemment ; mais aussi dans la richesse que peut apporter, pour certains projets d’intérêt général pour la ville, la cohabitation de différents regards, notamment celui d’une équipe dont certains élus ont consacré près de 6 ans de leur vie à ces mêmes projets.
Vous, et votre groupe, avez fait honneur par votre présence aux espaces de travail que nous avions ouverts à l’opposition lors du précédent mandat, Comités de pilotage, réunions de travail ponctuelles, ou points d’information. Nous espérons donc pouvoir compter sur vous pour que ces espaces restent aussi nombreux que possible, y-compris sur des sujets où il n’est pas forcément le plus confortable d’associer ou d’informer en amont l’opposition, comme nous l’avions fait pour le projet des Montgorges ou encore les actualités de la Villa Bloch et de la situation de l’artiste Mohammad Bamm.
3 –
Enfin, nous serons naturellement une minorité vigilante, et donc engagée, sur plusieurs enjeux prioritaires. A commencer par trois.
- L’écologie, d’abord. L’un des piliers de notre action municipale passée, l’un des piliers de notre programme… l’un des points qui nous inquiète le plus, aussi : vous étiez le seul candidat non présent et non représenté au débat organisé par les associations environnementales pendant la campagne, et les réponses que vous aviez envoyées au questionnaire laissent entrevoir la possibilité de retours en arrière forts sur la renaturation de la ville, la Boivre par exemple, ou l’ambition du PLUI sur la désimperméabilisation des sols. Déjà, dans votre budget, le terme de « Transition écologique » disparaît, au profit de l’expression « Ville accueillante et durable »…
- La justice sociale. Nous serons aux côtés des acteurs de la solidarité et du lien social, que nous avons tout fait pour préserver et renforcer pendant le mandat précédent, et qui sont particulièrement menacés en cas de coup de crayon budgétaire : solidarités, éducation populaire, culture et sport pour toutes et tous, secteur de l’ESS et de l’insertion par l’activité économique, monde associatif en général. Et nous défendrons les services publics, comme étant les premiers garants, et devant le rester, de cette justice sociale, de l’égalité fondamentale de chaque citoyenne devant l’action municipale.
- 3e point de vigilance : la démocratie. L’intégrité en politique ne sont pas des arguments très vendeurs en politique en ce moment, nous sommes bien placés pour le savoir, en particulier à l’heure où le populisme et la démagogie gagnent du terrain. Mais c’est bien parce-que ça ne va pas de soi, et que la défiance envers le politique reste maximale, que défendre la probité et l’éthique, ça reste un projet politique à part entière.
Nous saluons à ce titre le fait que le recours au déontologue de la collectivité ait été un réflexe de votre début de mandat pour la stabilisation de votre organigramme, et qu’il ait été suivi d’effet.
Nous rappelons aussi que la Charte de l’élu local lue lors du premier Conseil municipal, ce n’est pas de la déco, mais bien le cadre éthique et légal dans lequel doit s’inscrire l’action des élus locaux. Ainsi, alinéa 2 « Dans l’exercice de son mandat, l’élu local poursuit le seul intérêt général, à l’exclusion de tout intérêt qui lui soit personnel, directement ou indirectement, ou de tout autre intérêt particulier ». Ca veut dire par exemple qu’il n’est pas possible que quelqu’un ait un accès facilité à un emploi, à une place en crèche, par le simple fait qu’il connaisse un élu. Sinon, comment garantir l’intérêt général, c’est-à-dire ici l’égalité entre les citoyens qui ont la chance de connaître un élu… et ceux qui n’ont pas cette chance ? Et puis, plus clairement, ça s’appelle du favoritisme, et ça voudrait dire le retour du clientélisme.
Un mot, en guise de post-scriptum, sur le respect. Nous serons une minorité exigeante, mais respectueuse. Et nous pourrions être inquiets si la tonalité de la fin de campagne devait être la norme pendant ce mandat. La plupart des interventions publiques, sur les réseaux sociaux, des candidats d’hier et élus aujourd’hui ont été effacées… mais la mémoire reste. Par exemple, ce type de propos écrits publiquement d’une candidate hier, élue aujourd’hui : « Des centaines de femmes maghrébines ont subi des actes discriminatoires par cette Mairie, des violences répétées, des négligences déguisées pour couvrir des actes discriminatoires » / « Les Ecologistes ne sont pas ce que tu crois être, l’intégrisme religieux est dans ces groupes politiques » / Et d’insister : « Il est question de centaines de victimes ». Cela relève de la diffamation, tout simplement. Et je le dis, posément : nous saurons, si nécessaire, utiliser les voies du droit pour être respectés.
Monsieur le Maire, lors du dernier Conseil du mandat précédent, vous avez rappelé que cette assemblée avait su rester un espace d’écoute et de respect mutuel. Nous y sommes toujours aussi attachés, et cette qualité démocratique dépendra beaucoup de la posture de celui qui l’animera. A ce titre encore, nous comptons sur vous.
Et je souhaiterais terminer en m’adressant à celles et ceux qui nous écoutent : nous passerons ce mandat dans la minorité, mais nous souhaitons que ce mandat soit utile. Utile, pour que les points de vigilance soient exprimés et nous l’espérons, pris en compte. Utile, pour un débat démocratique de qualité. Utile, pour des voix plus fortes, parce-que portées à l’unisson lorsque nécessaire. Utile, pour porter la voix et défendre les droits des acteurs de notre ville, et de toutes ses habitantes, tous ses habitants.
Merci à vous.