Mandat 2026 - 2032

« Les canicules précoces sont politiques » – Conseil municipal 22 juin 2026

Conseil municipal du 22 juin 2026 – Propos liminaires Monsieur le Maire, chers collègues,  La dernière fois que notre Conseil municipal a été déplacé au… Poursuivre la lecture « Les canicules précoces sont politiques » – Conseil municipal 22 juin 2026

Conseil municipal du 22 juin 2026 – Propos liminaires

Monsieur le Maire, chers collègues, 

La dernière fois que notre Conseil municipal a été déplacé au Centre de Conférences, c’était pendant le COVID. Une situation alors exceptionnelle… Et aujourd’hui, le même terme est employé, « exceptionnel », pour une situation appelée à devenir la norme. 

Par les temps qui courent, énoncer une évidence écologique est presque devenu un acte militant. Rappelons donc qu’il n’y a pas de fatalité dans ce que nous traversons. Il y a des causes, des responsabilités, et des leviers d’action. Bref : ces canicules précoces sont politiques

Elles ont une cause : le dérèglement climatique

Bien sûr, notre institution peut s’adapter en changeant le lieu d’un Conseil municipal, en annulant des événements, en rafraîchissant les EHPAD ou les écoles. Les plus privilégiés d’entre nous ont la chance de pouvoir se réfugier dans leurs maisons avec jardin ou de penser à leurs vacances à la mer. 

Mais la réalité, c’est que ce bouleversement climatique va bien plus vite que nos capacités d’adaptation. Pour les plus précaires, ce n’est pas juste un mauvais moment à passer, ce sont des périodes qui rendent les logements invivables, la santé encore plus fragile, et des inégalités de confort de vie et de chances de vie en bonne santé qui vont exploser. Et pour les écosystèmes naturels, agricoles, l’adaptation devient tout simplement impossible à ce rythme. 

Ce qui se passe aujourd’hui, c’est ce qui arrive avec un réchauffement de 1,5°. Or, et le Ministre Christophe Béchu le confirme : c’est bien à +4°, à moyen terme, qu’il faut se préparer en France. On le sait : le changement climatique, c’est une menace pour les conditions-même de survie de l’humanité. Pas dans des centaines d’années, pas pour « les générations futures » dont vous parlez M. le Maire, non : les canicules d’aujourd’hui ne sont qu’un aperçu du monde dans lequel vivront nos propres enfants

Ce dérèglement climatique a lui aussi une cause : nos systèmes fondés sur le mythe de la croissance infinie, entraînant des modes de consommation excessifs, en particulier dans nos sociétés occidentales. Les messages de prévention que l’on entend partout dans les médias – buvez de l’eau, restez chez vous – orientent toute la responsabilité vers les individus, et occultent l’essentiel : le levier principal face au changement climatique, c’est de réduire notre impact, en organisant le retour à des pratiques soutenables. En parallèle, bien sûr, d’organiser notre nécessaire adaptation. Et si l‘on veut que cette transformation sociétale soit à la fois efficace et égalitaire, ça ne peut passer que par des choix collectifs. Ce sont bien ces choix politiques, qu’ils consistent à entretenir le déni ou au contraire à se retrousser les manches, qui dessinent l’avenir de nos enfants. 

Qui dit enjeu mondial, dit réponse mondiale ; mais chaque territoire, chaque assemblée politique, doit en prendre sa part

À Grand Poitiers, les mobilités représentent 56 % de nos émissions de gaz à effet de serre. Si nous voulons agir avec efficacité, c’est donc là que se situe notre principale responsabilité : développer les alternatives aux mobilités les plus carbonées. C’est précisément le sens du Plan mobilité adopté à une large majorité en fin de mandat dernier, avec des objectifs ambitieux de report modal vers le bus, le covoiturage, le vélo, le train ou la marche. 

Bien que la période en donne l’interprétation totalement inverse, c’est donc au nom de la raison, du pragmatisme, et non d’un dogmatisme ou pour le plaisir d’embêter les gens, que nous défendons ces alternatives. On ne rappellera jamais assez que ce qui est punitif, à long terme, ce n’est pas l’action, mais bien l’inaction.  

Vous me direz sans doute que nous partageons tous ce constat. 

Mais alors, quelle cohérence entre les ambitions affichées, et le récit de votre début de mandat ?  

D’un côté, on envoie des signaux d’encouragement à la voiture individuelle, le stationnement et le parking gratuits – qui plaisent assurément à court terme mais qui renoncent à encourager une évolution des pratiques. On augmente la subvention à l’aéroport de Poitiers Biard pour – rappelons le sens de cette subvention ! – compenser le coût d’Airbus qui volent vides à 80%. 

Et de l’autre, on envoie des signaux de recul sur les services collectifs, comme la navette gratuite du Marché Notre Dame, de méfiance à l’égard des deux roues comme avec le pied à terre, ou encore on annonce « réduire la voilure » sur le projet gare, dont deux des 3 axes principaux sont la transition des mobilités et la renaturation.  

Une politique, surtout dans ses premières mesures, se lit aussi à travers les symboles qu’elle déploie. Et le récit symbolique que vous construisez, le flou dans les perspectives que vous dressez depuis le début de mandat, n’est pour nous pas à la hauteur des enjeux climatiques. 

Flatter les habitudes du présent, c’est toujours populaire. Mais, chers collègues, la responsabilité des élus n’est pas seulement de gérer le présent. C’est aussi de préparer l’avenir

Enfin, en guise de post-scriptum, au-delà du fond, il y a la méthode.  

Après tant de leçons sur la concertation, sur l’évaluation… ces principes seraient-ils devenus secondaires une fois aux responsabilités ? Alors que vous avez manifestement de l’appétence pour la communication, pourquoi ne pas assumer jusqu’au bout la transparence, et présenter y-compris les renoncements, leurs raisons ? 

Prenons l’exemple du parking Notre-Dame. Plus de 2 millions d’euros d’argent public engagés en urgence après sa fermeture, dont l’investissement conséquent d’agrandissement du parking du Palais de Justice. Un parking gratuit le samedi, relié au centre-ville par une navette gratuite… finalement supprimée, annoncé par un entrefilet dans la presse. Quelle concertation ? Quel courage de la communication ? 

Autre exemple : l’éclairage public. Avant : une solution équilibrée, travaillée avec les retours de certains commerçants et collectifs d’étudiants > extinction à minuit l’hiver, à 2h l’été pour coller à l’heure de fermeture des terrasses. Vous y mettez fin d’un trait de plume avec une extinction à 1 heure toute l’année. On nous parle du maire qui « rallume la lumière », mais en pratique, aujourd’hui, vous éteignez plus tôt qu’auparavant. Là encore : quelle concertation ? Quelle évaluation avant d’agir ? 

À privilégier les effets d’annonce et les symboles, on risque d’oublier l’essentiel : les réponses aux besoins réels des habitants se construisent dans la finesse des usages, dans le dialogue et dans la cohérence des politiques publiques. Et pour le coup, c’est vrai pour le présent, comme pour l’adaptation au changement climatique

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Léonore Moncond'huy
Cheffe de file de la gauche et de l’écologie au Conseil municipal de Poitiers