Monsieur le Maire, Monsieur l’adjoint aux finances,
Je vous remercie pour la présentation de ce budget, ainsi que les services pour sa préparation.
Pour être franche, j’ai trouvé la présentation de ce budget plutôt honnête. Mais le récit qui l’accompagne, en tout cas ce qu’en a retenu la presse, l’est beaucoup moins.
Les discours alarmistes, comme ceux que vous avez tenus ici ou en conférence de presse, sont malheureusement classiques en début de mandat post-alternance : faire porter un chapeau démesurément lourd à la majorité précédente, pour justifier des choix budgétaires difficiles ensuite. Je déplore que vous ne fassiez pas dans l’originalité – de manière certes plus sobre à Poitiers qu’à Grand Poitiers, où vous sortez carrément le grand jeu : le « risque de mise sous tutelle à court terme ». Mais, à Grand Poitiers comme ici, ces alarmes sont sans fondement.
La mise en scène du cadavre dans le placard, ça ne tient pas ! Vous ne « découvrez » rien. Les données étaient publiques, en particulier celles relatives à la PPI, le reste n’est que projections donc hypothèses théoriques, que l’on manie comme on veut.
Et surtout, je le répète : ce niveau d’alerte n’a pas lieu d’être. La dette a augmenté ces dernières années – pour financer les investissements nécessaires, notamment pour la transition écologique et la qualité de nos équipements publics. Mais c’était assumé, et maîtrisé : aujourd’hui, cela nous amène au niveau de la moyenne des villes de notre taille, et cela correspond à un pic naturel en fin de mandat appelé à se résorber dès l’année prochaine, de même que 2021 avait marqué un infléchissement après une année 2020 très coûteuse.
D’ailleurs, vos propres choix contribuent déjà à la tendance que vous dénoncez. L’épargne brute diminue, dans votre projet, d’environ 450K€. Conséquence directe de ce choix, une dégradation légère, mais tendancielle, des indicateurs financiers : un taux d’EB qui passe de 8% à 7,7%, et un allongement de la capacité de désendettement (11.7ans, versus 11.4ans).
Et puis, un élément m’a interpellé dans l’article de presse sorti la semaine dernière, M. le Maire. Vous avez dit, à propos du Palais, « Ils ont raconté une histoire aux poitevins qu’on n’est pas capables de mettre en œuvre ». L’histoire qu’on a démontrée, pendant 6 ans, c’est celle d’un projet dont nous avons hérité sans aucun plan de financement, pour lequel nous avons été capables de réunir 18M d’euros de subventions publiques de l’Etat et de la Région, soit le projet patrimonial le plus financé de Nouvelle-Aquitaine, et d’associer au projet un grand mécène d’un montant absolument inédit pour le territoire. Le sujet n’est pas ici de défendre un bilan, d’autant que l’idée d’un projet au Palais ne date pas de notre mandat. Mais aujourd’hui, le vrai sujet n’est pas : a-t-on les moyens de réaliser ce projet ? Mais c’est : a-t-on l’ambition d’aller les chercher ? Oui, il faut y consacrer beaucoup d’énergie ; oui il faut de l’inventivité ; mais des perspectives existent. Au lendemain de votre élection, le Département a salué le fait qu’il serait désormais possible pour eux de travailler mieux avec Poitiers. C’est le seul financeur public qui manque dans le tour de table, vous pouvez aller le chercher ! Des premières démarches avaient été engagées avec le Futuroscope, vous pouvez les faire fructifier ! Mobiliser les financements liés au tourisme est une piste aussi !
Les deux seuls grands projets sur lesquels vous avez annoncé un recul, tout du moins partagé une frilosité c’est le Palais et la Gare, et ce sont les deux seuls projets financés au titre du CPER. Ce sont des locomotives pour toute la PPI en termes de subventionnement, et ce sont aussi des moteurs de rayonnement de notre territoire à l’échelle régionale. Il serait vraiment dommage pour notre territoire que ces deux grands projets majeurs soient abandonnés, faute de combativité à y consacrer. En tout cas, vous aurez tout notre soutien si vous cherchez à réunir les conditions de leur faisabilité.
Cela étant dit, aujourd’hui, on ne vote pas sur un article de presse ou une petite phrase, mais sur le budget 2026. Il faut reconnaître un point : ce premier budget, si l’on se penche sur les politiques publiques, s’inscrit globalement dans la continuité des orientations présentées en février. Certes, il aurait été difficile d’organiser en quelques semaines la révision profonde de ce budget, mais j’y vois aussi la validation de nombre de politiques publiques dont l’intérêt est reconnu pour notre ville.
A souligner, parmi les éléments positifs à souligner :
- La finalisation annoncée de la Maison des aînés, au service de la lutte contre l’isolement des personnes âgées. Enfin, après des mois de retards pour lesquels la Ville n’est pour rien, quelle que soit l’équipe municipale en place ;
- Le maintien du Fonds d’initiatives pour les quartiers, et qui permettra, si les résultats du jury qui s’est tenu cet hiver sont suivis, de financer une dizaine de projets dans tous les quartiers de Poitiers ;
- Le renouvellement de matériel dans notre restauration collective, qui appellera des décisions plus structurantes à court terme ;
- L’engagement annoncé pour « les prochaines rentrées » de conserver le « fonctionnement dit « de la semaine de 4 jours et demi » », malgré la disparition du Fonds de soutien aux activités périscolaires de l’Etat pour les communes maintenant ce rythme ;
- Le maintien de la politique Vacances pour toutes et tous ;
- Le renforcement, effectué avant votre arrivée mais que vous saluez, de l’équipe du GIP Médiation sociale, ainsi que de l’équipe de la Brigade Verte, avec respectivement un agent en plus chacun ;
- La poursuite de la mise en œuvre du travail sur l’accessibilité des ERP : une ligne dédiée, permettant des moyens et une efficacité renforcée pour mettre en accessibilité tous les équipements publics. Nous espérons que le Musée pourra faire partie des équipements publics prioritaires à ce titre.
- Et un fort soutien affirmé aux acteurs culturels, comme le TAP, l’EESI ou l’Espace Mendès-France, qui en auront bien besoin face au budget que vous proposez à Grand Poitiers.
Pour toutes ces raisons, nous allons donc nous abstenir sur le vote de ce budget – voter contre serait excessif, voter pour serait un peu exotique.
Et puis, quand même. Quand très peu de choses changent… Ce « très peu » se voit beaucoup.
En 2020, au début de notre mandature, la première mesure que nous avions lancée ? « Vacances pour toutes et tous ».
La vôtre ? Une heure trente de stationnement gratuit le samedi en voirie.
Pourquoi pas ! Tout ce qui peut contribuer avec efficacité à l’attractivité du centre-ville est bon à prendre, dans l’absolu.
Le coût de cette mesure n’est pas explicité dans le document, mais en commission vous avez annoncé une estimation de 100k€ de pertes de recettes, ce coût étant dû au fait que ces places sont déjà bien occupées le samedi. On accepte donc de dégrader le budget de la ville pour envoyer un signal.
Alors, nous avons une question simple, sur le terrain de jeu qui était le vôtre lors du précédent mandat : l’évaluation des politiques publiques. Avant de lancer cette mesure, quels objectifs chiffrés avez-vous défini, qui permettront donc de démontrer son efficacité, ou au contraire ses limites ? Quels indicateurs pour mesurer leur atteinte ? Le nombre de personnes qui accèdent au centre-ville en voiture ? Le panier moyen de ces personnes ? Le chiffre d’affaires des Halles, des commerces, par exemple ? Et donc, sur la base de quelle méthode comptez-vous mesurer l’efficacité de cette mesure pour le CV de Poitiers ?
Merci à vous.