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Bruno Latour, pourtant écologiste convaincu, a écrit : « L’écologie réussit l’exploit de paniquer les gens puis de les faire bailler d’ennui. ». Pas de panique ! Vous m’avez peut-être stalkée sur LinkedIn, donc je vais mettre tout le monde à l’aise : oui, je suis une Maire écologiste, mais, pour les 12 minutes qui me sont accordées, je vais tenter de vous démontrer que l’image de l’écolo rabat joie peut être démontée. Et au pire, ça ne durera que 12 minutes 😀
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Je suis la Maire de Poitiers, depuis 2020.
Poitiers, soit on la connaît, et on l’adopte. Soit on la connaît avant tout comme ça… [Musique SNCF] Bienvenue en gare de Poitiers, et en général, il vous reste 1h15 de trajet. Eh oui, que vous alliez à Paris ou à Bordeaux, on est pile au milieu !
Pour vous présenter donc cette ville que vous voyez à travers les vitres du TGV, Poitiers c’est une ville qui ne manque pas de reliefs.
Une ville de contrastes.
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D’abord, une ville… qui a toujours été jeune ! Une ville dotée de l’une des plus anciennes Universités de France, fondée en 1431, qui a vu passer d’illustres étudiants comme Rabelais ou Descartes, qui reste aujourd’hui la plus étudiante de France — avec près d’un habitant sur trois inscrits dans l’enseignement supérieur. Et c’est sans doute cet héritage qui permet au deuxième pôle universitaire de Nouvelle-Aquitaine de figurer chaque année sur le podium des villes où il fait bon étudier…. Etudier, et innover ! Avec 3 filières de pointe : l’innovation en santé, la production et le stockage d’énergies renouvelables, et les technologies de l’éducation / EdTech.
Et puis, plus pragmatiquement, une ville de reliefs coupée par deux rivières et relevée par des falaises et des plateaux, ce qui, pour qui veut développer une politique cyclable à partir de zéro ou presque, relève du défi quotidien. C’est presque une allégorie : c’est une forme de négociation permanente entre le rêve de transition et la réalité du terrain. Ce n’est pas toujours évident, mais ça forge une certaine endurance — politique et musculaire. Et surtout, ça donne du sens à chaque mètre de piste cyclable gagné !
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Donc, bien sûr, qui dit habiter une ville écolo dit bénéficier d’aménagements cyclables – ici, sur l’axe majeur du Pont Neuf qui relie le centre ville à l’Université, on a fait du mieux pour les vélos, mais aussi du mieux pour le cadre de vie, en général, ça va ensemble ! Et on a chouchouté nos étudiants, en leur offrant, en plus de cette belle piste, le prêt d’un vélo gratuit.
Qui dit habiter une ville écolo dit voir sa ville verdir, plus de 40 000 arbres depuis le début de notre mandat ; permettre à ses enfants de profiter de cours jardin, où l’on fait l’expérience quotidienne de la nature, et où l’on vivra mieux les chauds étés à venir.
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Oui, ça, c’est ce qu’on attend de toute ville écolo. Même si, à Poitiers, on a notre spécialité : l’éducation, on appelle même Poitiers la « Capitale de l’éducation », parce-que nous avons une filière EdTech très dynamique, le siège de 3 institutions CNED Canopé, IH2EF, et mon coup de cœur : une politique reconnue de soutien à l’éducation dehors.
Parce-que l’écologie, ce n’est pas une recette unique. C’est une vision globale, forcément appliquée à un territoire, donc forcément ancrée dans une réalité. On ne fait pas de l’écologie à Poitiers comme on le fait à Lyon, à l’Ile Saint Denis, ou aux Châteliers dans les Deux-Sèvres !
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Poitiers c’est donc une ville jeune, une équipe municipale à l’image de cette jeunesse donc pleinement engagée dans les défis contemporains… mais en même temps, une ville que l’on qualifie de belle endormie, et dont l’une des richesses principales, ce sont… ses vieilles pierres – ici, Notre Dame la Grande, qui était probablement dans vos livres d’histoire comme le joyau de l’art roman.
Alors, comment faire en sorte qu’une ville patrimoniale vive avec son temps ? Comment rendre le patrimoine vivant ?
Comment réellement habiter une ville ancienne, une ville palimpseste comme peuvent l’être d’autres villes, et pas simplement la contempler, en être spectateurs… ou au contraire la défigurer sans respecter son histoire ?
Comment la rendre habitable pour aujourd’hui et pour demain ? Et comment adapter nos villes comme Poitiers aux réalités, notamment écologiques, du monde à venir ?
► Habiter, avant tout, c’est réconcilier patrimoine et vivant.
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Je parlais des vieilles pierres dont nous héritons.
Ainsi, notre Palais. Lieu de pouvoir des Ducs d’Aquitaine et Comte de Poitou, où passèrent Guillaume le Troubadour ou Richard Cœur de Lion, donc aussi lieu de poésie, de ripailles et d’heures glorieuses ; Palais de justice depuis la Révolution Française, il est retombé dans l’escarcelle de la Ville de Poitiers en 2020.
Classiquement, ce qui se serait passé : on ferme le Palais le temps des travaux, donc 10 ans minima, quand c’est fini, on coupe le ruban, et on ouvre de temps en temps pour des expositions majestueuses. Qui dit vieilles pierres dit souvent, musée, « on ne touche qu’avec les yeux », expérience réservée à une élite.
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Nous avons fait tout l’inverse ! Un Palais ouvert, tous les jours de l’année et toute la journée, pour des usages du quotidien comme pour des occasions uniques. Des spectacles bien sûr, un jour des soirées prestige, et le lendemain un tournoi d’escrime ou un concours d’échecs : pas de limite à l’imagination ! L’idée était d’ouvrir le Palais, de tester des usages, avant d’entamer une phase de travaux qui, d’ici 2028, en fera un lieu accueillant une grande salle citoyenne et prestigieuse à la fois, un lieu culturel au cœur de la ville, un lieu de convivialité…
Parce-que la meilleure façon de rendre hommage au patrimoine, de le valoriser, c’est de l’habiter. De le rendre vivant. De lui conserver une fonction dans notre vie de tous les jours du XXIe siècle.
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Qui dit « vivre avec son temps » au XXIe siècle dit aussi intégrer structurellement les enjeux de transition écologique dans toute politique publique, sans faire du patrimoine un domaine intangible. Ainsi, avec notre Palais nous avons poussé le plus loin les curseurs, pour un chantier sous le signe de la sobriété énergétique, du réemploi des matériaux, de végétalisation des rues médiévales adjacentes. Et puis, les vieilles pierres sont ce qui se fait de mieux en matière d’inertie thermique !
Mais surtout, si l’on veut vraiment concilier patrimoine et transition, il faudra bien que les Architectes des Bâtiments de France – mais aussi le grand public ! – acceptent un jour de regarder un panneau photovoltaïque autrement que comme une provocation. C’est notre prochain défi ! Au Palais, et sur d’autres bâtiments patrimoniaux, installer des ardoises photovoltaïques qui font pleinement partie de nos paysages contemporains (s). Un exemple de l’excellence de notre territoire en matière d’énergies renouvelables : l’entreprise poitevine Stihl, et ses ardoises photovoltaïques parfaitement intégrées dans leur environnement.
► Habiter le patrimoine aujourd’hui, c’est aussi, parfois, rééquilibrer l’écriture de l’histoire
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Tenez, notre Palais, appelé depuis des siècles « des Ducs d’Aquitaine et Comte de Poitou ». Savez-vous à qui nous devons cette salle majestueuse ? A Aliénor d’Aquitaine.
Car, Poitiers, c’est aussi une histoire de femmes.
L’abbaye Sainte-Croix, première abbaye de femmes, est fondée à Poitiers par sainte Radegonde au VIe siècle. Aliénor d’Aquitaine, reine de France et d’Angleterre, est née à Poitiers, a vécu à Poitiers et a largement contribué à construire et embellir le Poitiers que nous connaissons encore aujourd’hui.
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Ainsi,un patrimoine vivant, à Poitiers encore plus qu’ailleurs, c’est aussi un matrimoine.
Et il est temps, aujourd’hui, après des siècles de vie dans l’ombre, de redonner aux femmes leur juste place dans l’histoire de nos villes. C’est aussi notre rôle, ainsi demain notre Palais deviendra le Palais d’Aliénor. Un défi pour lequel nous avons besoin de vous : nous cherchons des partenaires pour nous aider à mettre en lumière cet édifice autant que cette femme légendaire.
► Habiter une ville patrimoniale, c’est aussi élargir son regard sur ce fameux patrimoine. Il n’y a pas que les très vielles pierres, il y a aussi le vieux béton.
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Ainsi, prenons l’un des autres grands projets de la Ville de Poitiers : celui de la transformation de notre quartier gare – celui que vous avez rapidement vu à travers la vitre de votre TGV. C’était une zone autrefois naturelle, construite dans les années 50 pour accueillir la gare flambant neuve de Poitiers, aujourd’hui encore une gare au cœur de ville. La gare de Poitiers fut bombardée à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le quartier rapidement reconstruit, donc plutôt « moche », et l’on y trouve aujourd’hui des bâtiments représentatifs d’un « patrimoine » contemporain.
Par ex, ancienne Caserne des pompiers datant de 1968, libérée en 2020, qui deviendra dans quelques mois un tiers-lieu phare de la reconstruction de la ville sur la ville, autre exemple d’un patrimoine vivant ! Par ailleurs un exemple d’économie circulaire, qui nous a valu le prix national du réemploi il y a quelques jours.
Notre quartier de la gare, c’est le symbole d’une ville « déjà là », qui doit évoluer de manière circulaire, non plus en s’étalant, mais en se transformant sur elle-même. Car comme le dit l’urbaniste Sylvain Grisot : « La Ville de demain existe déjà, à 80% » ! La ville comme un patrimoine vivant, en perpétuelle hybridation et évolution. Et c’est un défi urbanistique, architectural, passionnant ! Nous avons plus de 30 000 m2 à reconstruire, à réinventer : là encore, avis aux investisseurs, aux porteurs de projets audacieux, nous avons besoin de vous !
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Et puis, élargir notre regard, encore plus, pour intégrer, dans cette notion de patrimoine à rendre visible, à valoriser, le patrimoine naturel. Depuis le XIXe siècle, à Poitiers comme dans de nombreuses villes, on a considéré que tout ce qui relevait de la nature devait être caché dans les marges de nos villes.
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Ainsi, à Paris, on a dit sous les pavés, la plage ; à Poitiers, nous disons sous les rails, la Boivre ! La Boivre, c’est une petite rivière dont le nom vient de la même racine que Beaver / Castor en anglais (comme la Bièvre parisienne, soit dit en passant), qui est cachée sous les rails, sous des bâtiments contemporains construits année après année. Et parmi nos ambitions : remettre la Boivre à l’air libre, pour redonner à la nature sa place en ville et rendre des espaces naturels aux citadins, et en somme considérer que le vivant est aussi un patrimoine à chérir et à développer. Et la nature nous précède : disparu depuis le début du XXe siècle, le castor est de retour à Poitiers depuis cette année !
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Le plus grand défi de notre mandat, ça a été la période COVID. Deux ans d’une période figée, masquée, sans possibilité de se rassembler, de nourrir nos liens. Une période qui a laissé de très lourdes traces sur les fractures sociales dans les territoires, sur l’isolement des plus fragiles
Pour y répondre, notre première mesure a été de lancer Vacances pour toutes et tous : pour permettre aux enfants, en particulier ceux qui, par contrainte, ont dû habiter leurs appartements confinés pendant des mois dans leurs appartements, de s’évader, au plein air. Et recréer de la mixité, qui existe de moins en moins dans nos écoles, dans nos quartiers : en faisant partir ensemble à la mer des enfants de différents quartiers, de différents milieux sociaux, ils se créent des souvenirs communs !
Et en réalité, nous aurons beau rendre nos vieilles pierres vivantes, adapter techniquement nos villes aux enjeux écologiques, si nous ne nous attachons pas à reconstruire la cohésion sociale, nous passons à côté de l’enjeu majeur de ce siècle.
Habiter, c’est surtout « habiter ensemble ».
Une ville qui vit avec son temps, c’est avant tout une ville qui encourage les croisements, les dialogues, la convivialité dans les espaces communs des bâtiments et dans les espaces publics. Une ville où les cultures, les fêtes populaires sont aussi un patrimoine à entretenir. Ainsi, sur le Pont d’Avignon, mais aussi sur notre Pont Neuf, on y danse, on y danse…
L’écologie et le patrimoine ont ceci de commun qu’on peut parfois leur accoler une image d’austérité. J’espère vous avoir convaincu qu’à Poitiers, leur trait d’union peut aussi être la vie, la joie, la convivialité.
Merci pour votre attention.